Quand votre responsable HSE ou votre DRH vous parle d'« évaluer les risques psychosociaux », la question immédiate est : selon quel cadre ? Depuis 2011, la France dispose d'une référence officielle : le rapport Gollac, rédigé par un collège d'experts à la demande du ministère du Travail. Ce rapport identifie 6 familles de facteurs de risques psychosociaux qui constituent aujourd'hui la grille d'analyse reconnue par l'INRS, l'ANACT et l'inspection du travail.
Qu'est-ce que le rapport Gollac ?
Publié en avril 2011, le rapport « Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser » est coordonné par Michel Gollac, sociologue au CNRS, à la demande du ministère du Travail. Il réunit un collège pluridisciplinaire (médecins du travail, ergonomes, sociologues, psychologues, statisticiens) et synthétise une décennie de recherche internationale.
Sa force : proposer un cadre unifié, opérationnel et reconnu — indispensable pour documenter les RPS dans votre DUERP sans se perdre entre les modèles Karasek, Siegrist, Maslach ou Warr.
Les 6 familles de facteurs psychosociaux
1. L'intensité du travail et le temps de travail
Inclut : quantité de travail à fournir, pression temporelle, interruptions fréquentes, objectifs irréalistes, horaires imprévisibles, travail posté, amplitudes horaires, absence de pauses.
Signaux à surveiller : heures supplémentaires chroniques, emails professionnels le soir et le week-end, délais intenables systématiques.
2. Les exigences émotionnelles
Inclut : contact avec la souffrance (santé, social), exposition à la violence (verbale, physique, clients difficiles), obligation de masquer ses émotions réelles (« sourire forcé »), peur au travail.
Secteurs exposés : santé, médico-social, grande distribution, service client, sécurité, enseignement, restauration.
3. Le manque d'autonomie
Inclut : faible marge de manœuvre dans l'organisation du travail, absence de participation aux décisions qui affectent le poste, sous-utilisation des compétences, procédures rigides, micro-management.
Paradoxe fréquent : les salariés très qualifiés en manque d'autonomie développent des symptômes aussi sévères que les salariés en surcharge.
4. Les rapports sociaux au travail dégradés
Inclut : isolement, manque de soutien des collègues, soutien hiérarchique faible, reconnaissance insuffisante, conflits, harcèlement, management toxique, violence interne.
Facteur le plus prédictif : de tous les facteurs RPS, le soutien social reçu au travail est le plus fort prédicteur de la santé mentale — protecteur s'il est présent, délétère s'il est absent.
5. Les conflits de valeurs
Inclut : travail empêché (ne pas pouvoir faire son métier correctement), qualité empêchée, injonctions contradictoires, demandes éthiquement problématiques, sentiment de travail inutile ou nuisible (« bullshit jobs »).
Dimension émergente : cette famille est de plus en plus souvent au cœur des burnouts chez les cadres et les professions techniques.
6. L'insécurité de la situation de travail
Inclut : précarité de l'emploi (CDD, intérim, sous-traitance), restructurations, changements organisationnels subis, incertitude sur l'avenir du poste, changement d'outils ou de méthodes mal accompagnés.
Impact particulier : c'est la famille qui explique le plus souvent les pics d'arrêts maladie pendant les phases de transformation d'entreprise.
Comment évaluer ces 6 familles dans votre DUERP
Méthode classique : questionnaires validés
L'INRS recommande plusieurs questionnaires scientifiquement validés qui reprennent la grille Gollac :
- WOCCQ (Working Conditions and Control Questionnaire) — complet mais lourd
- Job Content Questionnaire de Karasek — focalisé sur autonomie/demande/soutien
- ERI de Siegrist — focalisé sur le déséquilibre effort/récompense
Limite : ces questionnaires ne peuvent raisonnablement être passés qu'une fois par an, ce qui laisse de larges zones aveugles entre deux mesures.
Méthode complémentaire : baromètre quotidien
Un baromètre QVCT digital comme
ne remplace pas un questionnaire validé pour une évaluation approfondie, mais il fournit un indicateur continu qui permet de :
- Détecter en temps réel les dégradations entre deux enquêtes approfondies
- Croiser les données avec des événements identifiés (nouveau manager, changement d'organisation, surcharge saisonnière)
- Mesurer l'impact d'actions correctives
- Alimenter votre DUERP de façon défendable face à l'inspection du travail
Les 6 familles dans un baromètre QVCT quotidien
MétéoTravail ne demande pas aux salariés de cocher « sur quelle famille ressentez-vous un risque ». Le baromètre mesure une variable unique — l'humeur générale — mais l'analyse des données croisées (par site, par période, par contexte) permet de remonter aux familles Gollac responsables. Par exemple :
- Dégradation corrélée à un changement de planning → famille 1 (intensité / temps)
- Site en contact public dégradé vs site back-office → famille 2 (exigences émotionnelles)
- Dégradation après arrivée nouveau manager → famille 4 (rapports sociaux)
- Dégradation pendant une phase de restructuration → famille 6 (insécurité)
Sources et references
- Rapport Gollac 2011 (PDF ministere du Travail) : travail-emploi.gouv.fr (PDF)
- INRS - Risques psychosociaux : inrs.fr/risques/psychosociaux
- ANACT - Reperer les risques psychosociaux : anact.fr
- Questionnaire WOCCQ (Universite de Liege) : woccq.be
- Karasek Job Content Questionnaire : jcqcenter.com
- Modele ERI de Siegrist : uniklinik-duesseldorf.de
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Démarrer l'essai gratuitConclusion
Le rapport Gollac reste la référence française pour évaluer les RPS, 15 ans après sa parution. Ses 6 familles structurent toute analyse rigoureuse. La nouveauté 2026, c'est que les outils digitaux permettent désormais un pilotage continu qui complète utilement les enquêtes classiques — sans les remplacer. Pour en savoir plus sur l'intégration dans votre DUERP, lisez notre guide DUERP 2026.